Le camp Roland est formé à la ferme de Bellevoite fin février 1944.

Pendant l’Opération Frühling, le camp de triage à la ferme du Mont, au dessus de Nantua est évacué le 11 février. Le camp Michel l’avait rejoint le 9, conformément aux ordres de replis. Piloté par Jeanne Moirod, le camp de triage et le camp Michel arrivent à Emondeaux le soir même.
Le camp de triage se replie à Chougeat.

bellevoite pas surLe camp Michel (70 hommes) , un contingent du camp de triage (28 hommes) et d’autres éléments du groupement Sud « égarés » lors de l’attaque allemande de février sur le Bugey et Bas-Bugey, quittent Emondeaux pour la ferme de Bellevoite prés de Belleydoux, au Nord à la limite du Jura. Parmi ce groupe d’hommes une dizaine sont d’Oyonnax et ils connaissent particulièrement bien la région.
La couverture de neige atteint 50 cm.

Le lendemain, tous ces hommes réceptionnent un parachutage à la Prairie d’ Echalon, les containers sont amenés au camp sur des traîneaux. Les armes sont distribuées, dégraissées, les grenades armées….

Conduit par Perrotot « Montréal », Marcel Appriou le nouveau chef arrive .
Ce sous officier, blessé 2 fois en 1940, a intégré la gendarmerie son corps d’origine. Menacé d’arrestation pour avoir aidé des gens à traverser la ligne de Démarcation, il se réfugie au Maquis après un contact avec Perrotot « Montréal », à Oyonnax.
Le camp Michel reste à Bellevoite, alors que Marcel Appriou « Roland » part installer son camp dans une ferme prés de Belleydoux, située entre Bellevoite et La Merle, en bordure du lieu-dit « Longe-queue », à 800m au Nord de la Merle.

Ce nouveau Maquis prend le nom de Roland Lacuzon, du nom d’un bandit-justicier jurassien.
Mais cette ferme est vide sans aucun équipement. Les maquisards installent l’électricité, en détressant un câble trouvé au pied d’un poteau, ils équipent la cuisine avec des éléments rapinés dans une autre ferme. Un sapin ébranché devient un mât au bout duquel flotte bientôt à sa cîme, un drapeau tricolore.
Le camp est maintenant bien installé, les poux aussi. Le camp Michel reste proche à Bellevoite, tout comme la section Richard.

Les maquisards de Michel, de Richard et Roland partent ensemble au ravitaillement dans le secteur bien connu des Oyonnaxiens, tirant des traîneaux chargés de vivres et de blousons courts bleus foncé en gros drap .
La routine s’installe….comme les poux ! La neige a fondu.

Le jour du 1er Avril, de longues rafales résonnent au loin, dans la vallée. Tir d’entraînement du camp Michel ? Non, Roland qui en revient en courant crie : « Aux armes ! » .
Ce sont les G.M.R. (Groupe Mobile de Réserve : unités paramilitaires de Vichy) qui attaquent le camp Michel. Après une vive résistance, ils doivent évacuer Bellevoite et se replier sur Gobet.
Le camp Roland est averti que 3 cars de G.M.R. stationnent en dessous des fermes du Crêtet sur la route d’Echalon. Roland à la tête de ses 32 Maquisards se rue vers les Crêtets.
Les G.M.R. installés dans leurs cars, s’apprêtent à partir. La mitraille les affole, ils n’ont que le temps de plonger derrière les talus. Ils ripostent.
Roland se dresse sur un muret et tente de les convaincre d’arrêter de tirer, que l’on ne doit pas se combattre entre Français. Les palabres sont interrompus par un tir violent.
Le combat reprend, les G.M .R. parviennent à s’enfuir, sans demander leurs restes.

Les camps Roland et Michel se replient dans le bois au nord de la Prairie d’Echalon. Jeanne Moirod est là, elle a la charge de trouver un passage libre à travers le Fouget. Les 2 camps se séparent au bas du Fouget, le camp Michel vers le Crêt Marquet, le camp Roland crapahute jusque dans les bois de la Gotette au-dessus d’Apremont.

Le 9 avril, jour de Pâques les cloches sonnent au loin, fini l’abri au sec dans une ferme, dorénavant seules les branches de sapin protègent ! Et il pleut.
Les Allemands sont là, et recherchent les Maquisards. Les ordres sont formels : se cacher, interdiction d’aller dans les villages. Un petit avion « mouchard » sillonne le ciel.

Le 12 avril, depuis le sommet, Albert Volland de Matafelon voit des fermes de Chougeat brûler, sa grand-mère habite là. Il ignore que sa sœur est arrêtée et déportée.

Une dizaine de jours plus tard, le camp Roland se déplace pas loin, près d’Ablatrix.
Fini la vie à la belle étoile, les 70 maquisards s’abritent maintenant sous 7 parachutes.

En mai, le camp dresse des embuscades, sur la roche au-dessus de Moulin-Chabot entre autres. La préoccupation reste le ravitaillement nécessaire pour les 70 maquisards du camp Roland qui se sont installés au-dessus de Charix, à proximité de la Grange au Gex. Il pleut, difficile de faire sécher les vêtements.

Le 5 juin, à l’annonce du Débarquement, des chants exprimant une joie communicative résonnent dans la forêt. Répondant aux ordres du P.C. départemental, le camp Roland s’installe dans le village de Charix. Le « camping » sous la toile de parachute est terminé, les maquisards dorment maintenant sur la paille dans des granges.
Différents groupes du camp Roland coupent les routes Charix-Moulin de Charix et Apremont-Nantua.

Le 8 juin, le camp Roland participe à la prise d’arme et au défilé à Nantua, où Romans proclame la IVè République, du balcon de la sous-préfecture.
Le camp Roland s’installe à Izernore dans le Café Donier, et d’autres maisons vides.

Des volontaires issus des A.S. rejoignent le camp, les maquisards sont maintenant des F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur). La mission de ces hommes est d’assurer la protection du P.C. de Romans, logé au château du Werle.

Tout le département est en effervescence.

Le 12 juin, le nouveau chef de brigade Roland défile avec d’autres formations à la tête de son camp, à Oyonnax : la foule est massée le long des trottoirs et acclame les F.F.I.. Romans s’adresse à la foule et déclare : « …..les Allemands ne remettront plus jamais les pieds à Oyonnax …..».

Le 13 juin, le camp Roland a la mission d’aller renforcer la défense de la zone insurrectionnelle dans le secteur de Bellegarde-Fort l’Ecluse, entre la Maladière et Ballon. Le soir, l’écho de tirs se rapproche, le chargeur d’un des F.M. s’effondre, une balle en pleine poitrine, il meurt durant son évacuation. Le feu est déclenché sur le point d’où est parti le tir.

La pression allemande est trop forte, Romans ordonne le repli et déclare Bellegarde, « ville ouverte ». Le camp Roland se replie à Izernore, il a perdu 2 hommes, un F.F.I. est blessé, 2 sont portés disparus : ils sont bientôt retrouvés.

Le 24 juin, le camp évacue Izernore pour aller relever un camp du Haut-Jura et contrôler le barrage établi sur la route de Saint-Claude, le long de la Bienne. Il se fixe à Lavancia.

Le 4 juillet, des F.F.I. du Haut-Jura reprennent le contrôle du barrage et le camp Roland retourne à Izernore. Il doit aménager un terrain dans la plaine, où un Dakota se pose le 6, amenant entre autres le chirurgien Geoffrey Parker ‘’ Parsifal ‘’. Il emporte ‘’Xavier’’ Heslop, chef de la mission inter-alliée, partant plaider la cause des F.F.I..

Le 9 juillet, le camp est appelé à rechercher le train blindé chargé de protéger les équipes de réparation des voies, prés de Virieu. Le camp de base se fixe à Champagne en Valromey.

Le 10 juillet, une liaison avertit, et arrête le groupes du camp Roland au de-là d’Assin, car les Allemands ont investi Artemare en force et attaqué Champagne.
C’est le repli, leurs camions (dont les 2 chauffeurs MM. Brochot et Desjardin, sont assassinés), les sacs, les provisions ont été saisis. Les différents groupes du camp Roland arrivent à rejoindre Izernore par leurs propres moyens.
En fait cette attaque allemande est le prélude à la grande offensive généralisée, débutée le 11 juillet, du réduit insurrectionnel que les Allemands appellent. Treffenfeld.
Le soir du 11 juillet, le camp part en renfort sur les rochers au-dessus de Thoirette, une colonne allemande est annoncée venant d’Arinthod. Le pont de Thoirette a été détruit partiellement par l’O.R.A. (Organisation de la Résistance Armée).

Le 12 au matin la colonne allemande venue d’Arinthod se regroupe dans la descente en amont de Thoirette. La bataille et rude, mais les différents camps de F.F.I. retiennent les Allemands sur la rive droite de l’Ain. Derrière un véhicule blindé, une mitrailleuse légère allemande arrose les crêtes où sont postés les F.F.I.. sur la rive gauche. Il y a là, le camp Jo, le groupe Antoine et d’autres. Roland n’a pas pu rejoindre Jo à Coiselet, le barrage sur la Bienne a cédé, Lavancia brûle, les Allemands sont peut-être déjà à Dortan.
Roland est inquiet, il veut se rendre compte de la situation à Nantua, il enfourche sa moto et la mitraillette en bandoulière, il s’éloigne.

Au de-là de la plaine d’Izernore, des fumées noircissent le ciel au-dessus de Béard, les barrages sur la RN 84 Lyon-Nantua ont du céder. L’étau se resserre, l’hôtel Michaillard d’Izernore est en feu.
Il apparaît que les Allemands ont pu traverser la rivière d’Ain en aval de Thoirette et tentent de contourner les groupes de F.F.I. qui se battent encore à 18H.
Siméon qui attend le retour de Roland donne l’ordre de décrocher.
C’est le repli, les F.F.I. descendus des crêtes à Matfelon, peuvent s’échapper par Samognat, traverser Oyonnax avant l’arrivée des Allemands et se replier à Belleydoux où des sections du camp Roland peuvent dormir écrasés de fatigue.

Le 13 au matin, de nombreux F.F.I. traversent Désertin, le camp Roland, son chef n’étant toujours pas là, s’enfonce dans la forêt de Puthod, au nord du plateau . Au- dessus de Tray-Tarvet, les FFI tombent sur le P.C. départemental de Romans.

Dans la journée du 14, des clameurs, des vociférations montent au-dessus de bois, ce sont les Allemands, bien renseignés qui poursuivent le P.C.. Silence absolu, les Allemands passent.
Le P.C. de Romans et le camp Roland s’établissent à la borne 1096 qui domine les valons du Favillon, d’Echalon et de la Prairie.

Le 16 au matin, la B.B.C. diffuse un message en clair : « Pour Chabot, attendons trois taxis pour Echalon ». Romans est fou de rage ; « Paul » O.J. Owen de l’O.S.S. radio du P.C. tente de le faire annuler, impossible, le message est répété. Tous les hommes descendent le soir même à la Prairie, DZ, (dropping zone) prévue et préparent les feux.
Les 3 hudsons arrivent comme prévus, et larguent leurs parachutes. Toute la nuit, comme ils peuvent, sans chars, les F.F.I. évacuent et cachent un maximum de containers.
Le lendemain, les Allemands fourmillent dans la Prairie et récupèrent le majorité du parachutage, fermant par la-même le passage vers Echalon.

Dans la nuit du 17 au 18 août le P.C. décide de partir, les 3 sections du camp Roland suivent.
A Giron le P.C. s’installe et l’ordre tombe : tous les camps doivent converger vers le Crêt de Chalam.
Le camp Roland s’installe dans la ferme Perrin, au pied du Crêt du Merle, toute proche. Le camp compte ses morts :
- d’abord son chef Roland, avec la confirmation de sa torture subie toute une nuit, et qu’il a été fusillé le lendemain 13 juillet à La Cluse (Montréal aujourd’hui),
- Cousin, pris à Béard et fusillé le 12 juillet,
- Julien, chauffeur du car, fusillé à Marchon,
- Blanc, tué le 14 juillet à Desertin,
- Siméon, rescapé de la moto de Charles Blétel, alors que ce dernier est tué par les Allemands à Echalon. Siméon gravement blessé est évacué en Suisse.

Roger Grenoulaud « Roger » un ancien chef de camp assure le commandement du camp Roland.
Ce sont 1500 F.F.I. de différents camps et groupes qui cantonnent maintenant autour du Crêt de Chalam.

Le 1er août, 500 hommes sont rassemblés tôt le matin, direction la Prairie d’Echalon. C’est le 2è parachutage diurne, 36 forteresses volantes larguent plus de 600 parachutes, elles sont escortées par des chasseurs, autant de guêpes virevoltant autour de ces gros avions, qu’ils protègent.
La prairie en quelques instants est tapissée de parachutes, tous les F.F.I. s’affairent à les rassembler sur le chemin. Certains à l’abri des regards en ouvrent. Ils sont bientôt dénoncés par les tenues anglaises qu’ils arborent…. Les chefs les ignorent, renonçant aux sanctions. Voici les F.F.I. réarmés, prés à l’action. Ils découvrent enfin ces fameuses petites mitrailleuses Browning, qu’ils appelleront 12-7.

Début août, le camp accueille un nouveau chef nommé par Perrottot. C’est un capitaine de la Coloniale qui arrive avec plusieurs groupes de Nord-Africains : il se nomme Gonin mais se fait appelé Gao. Le camp devient le camp Roland-Gao et compte maintenant pas loin de 200 F.F.I..
Un matin, autour du 10 août, dans un grand mystère le camp quitte la ferme Perrrin, marche à l’Est, sur le passage de Bellecombe, stoppe aux Closettes, où le passage s’élargit sur une prairie.
500 F.F.I. sont déjà là, d’autres arrivent, le P.C. de Romans est là, à l’écart, entouré de visages inconnus, sauf celui de Montréal. Un mât surmonté des couleurs se dresse au milieu du pré.
Au coup de sifflet, les différents camps s’alignent section par section, en silence, dans un ordre parfait. Un délégué régional prend la parole et annonce qu’un débarquement dans le midi est imminent, c’est une question d’heures. Romans explique ensuite que le rôle des F.F.I. est de créer des embuscades et harceler les convois allemands qui vont refluer vers le Nord sur les axes Lyon, Bourg, Lons-le-Saulnier et le long de la frontière suisse.

Le camp Roland-Gao s’installe à la ferme La Maréchaude. Deux postes de garde sont installées : un au col du Crozet, l’autre sur un cêtet qui domine le chemin de la Faucille.
L’ordre est donné, le camp doit descendre à Gex par le col du Crozet. Une très longue marche, parti le soir le camp, n’arrive que le surlendemain. La nouvelle tombe que la route du col de la Faucille est ouvert, que les Allemands dans leur fuite, pourchassés par des groupes de F.T.P., ont brûlé les hôtels sur leur passage.
Ce 23 août le camp défile, applaudi par la population.

3 jours après, c’est le départ en camions pour La Cure, puis le camp gagne Bellefontaine à pied, sous une grosse pluie qui dure toute la journée. Bellefontaine a été évacué depuis 2 jours par les Allemands pour se replier au fort des Rousses.
Le camp s’installe dans une ferme et installe 2 poste de gardes.

Le 28 août, un petit convoi allemand de 4 voitures légères et 2 gros camions se présente, la fusillade commence, les bazoukas et la 12/7 font merveilles. Les Allemands ripostent, mais les camions de munitions explosent, les explosions durent toute la nuit.
Dans la nuit 2 soldats russes de l’armée Vlassov se rendent, au matin on découvre 8 morts, dont un capitaine, et 5 autres carbonisés dans un camion, à la périphérie des débris de corps humains.
Le lendemain une embuscade au Petit Village, au Nord de Bellefontaine (1 km du viaduc de Morbier), intercepte une section cycliste allemande de 30 soldats. Le bilan est d’une dizaine d’Allemands tués.

Le 31 août, le camp Roland-Gao est installé à 2 km au Nord de La Chapelle des Bois, pour intercepter tout trafic sur la route de Morez à Pontarlier.
Vers 16 H. un convoi allemand composé de 7 camions et un side-car venant de Pontarlier, s’engage dans la combe. Les combats durent jusqu’à la nuit, vers 22H. Les Allemands refluent. Le camp déplore 3 morts : «  Emile »-Jean Farinet, « Coco »-Jacques Gaillard, et « Savoie »-Arimand Laruaz et 7 blessés. Les Allemands comptent 24 morts..

Le 2 septembre, le camp est rapatrié à Divonne-les-Bains, au repos.